Comment pourrait-on introduire le conflit en Ukraine ? 1/3


Description de l'enjeu et de son contexte institutionnel


Depuis la chute du régime communiste de l’URSS en 1989, de nombreux schismes ont eu

lieu dans le monde russophone, ce qui n’a pas manqué de heurter la fierté du peuple russe. Une des séparations qui reste les plus complexes demeure celle avec l’Ukraine. L’Ukraine a connu depuis les années 1990 trois révolutions citoyennes dont l’une est due au questionnement du président Ianoukovytch à signer un accord économique avec l’Union Européenne (Mandel, 2015). Le principal problème de la Russie avec l’Ukraine réside majoritairement dans la volonté récente du

gouvernement ukrainien de rejoindre l’Union Européenne malgré la population russophile des

régions de l’Est du pays (Marrangé, 2017).


Le conflit sur lequel nous allons nous concentrer se passe en 2014, lorsqu’après une longue hésitation, le président ukrainien décide de signer un accord économique avec l’Union Européenne, décision appuyée par la société civile ( manifestants sur le Maïdan), qui estimaient que c’était une des conditions nécessaires et suffisante pour se débarrasser de la corruption inhérente et instaurer plus de prospérité dans le pays (Mandel, 2015). Le 21 février 2014, un accord est négocié, comportant parmi plusieurs clauses la réduction des pouvoirs présidentiels, une élection anticipée et le dépôt des armes considérées comme illégales (Mandel, 2015). Cet accord ne va cependant pas aboutir, de par le soulèvement de néofascistes armés qui a causé la fuite du président ukrainien. Le18 mars de la même année, la Crimée a été annexée par la Russie suite à un traité passé qui reconnaissait la République de Crimée et permettait l’accession de celle-ci par la Russie (Ingelrelst, 2017). L’explication qui a été donnée pour cet acte était que la Russie s’est sentie agressée par les tentatives de l’Ukraine de rejoindre l’Union Européenne, et que donc l’annexion

de la Crimée, où se trouvent la base navale du pays, n’est qu’un mouvement de défense (Mandel, 2015). De plus, la république de Crimée a appartenu à la Russie pendant des centaines

d’années, et la volonté des russes de redonner au pays la grandeur qu’il avait à l’époque de l’Empire y est probablement également pour quelque chose. La transition politique et le changement de statut de la Crimée, des séparatistes pro-russes dans la région du Donbass s’organisent et réussissent à s’emparer de plusieurs bâtiments officiels dans la région (Ingelrelst, 2017). Ce conflit pose une question de droit international quant au statut de la Crimée, en plus du fait que son annexion par la Russie enfreint l’acte final de la conférence de Helsinki en plus du mémorandum de Budapest (Marrangé, 2017). En plus de cela, deux gouvernements auto-proclamés se sont crées en Ukraine, dans les régions du Donetsk et du Lougansk, réclamant au gouvernement de Kiev un statut spécial, décision appuyée par la Russie (Marrangé, 2017). Bien qu’un accord ait été trouvé en 2015, celui de Minsk II, dans le but de réduire l’usage des armes lourdes, aucun des deux pays n’est prêt à risquer sa position sur la scène internationale en mettant fin au conflit.


 

Acteurs impliqués


Le conflit oppose depuis 2014 les institutions ukrainiennes à des séparatistes pro-russes de

la région du Donbass, qui sont soutenus militairement par la fédération de Russie (Marrangé, 2017). Le gouvernement ukrainien est également opposé à l’annexion de la Crimée par la Russie, de part le fait que celle-ci est vue par les Ukrainiens comme faisant partie intégrante de Kiev (Mandel, 2015). À ces acteurs s’ajoutent la république populaire de Donetsk et celle du Lougansk, deux parties de l’Ukraine souhaitant acquérir un statut spécial plus indépendant du pays. En plus d’impliquer les deux pays, plusieurs pays de l’Union Européenne et les États-Unis se sont alliés pour prêter main forte aux Ukrainiens ainsi que pour chercher à trouver un arrangement entre le pays et la Russie (Marrangé, 2017). Les Ukrainiens reçoivent en plus une assistance de l’OTAN et le soutien de la Croix Rouge internationale pour apporter des vivres aux populations dans le

Donbass, qui sont en proie à une crise humanitaire critique (Marrangé, 2017). Malgré les efforts de la France et de l’Allemagne visibles au travers des accords de Minsk II en 2015, la Russie, les

dirigeants des régions du Donetsk et du Logansk ainsi que l’Ukraine n’arrivent pas à trouver une

entente permettant à l’Ukraine et à la Russie de conserver leurs positions.


 

Objectifs et intérêts des acteurs impliqués


Du côté de la République de Crimée, celle-ci gagne à se laisser annexer la Russie de part le

sentiment profondément russophone de la majorité de la population. De plus, depuis le changement de gouvernement appuyé par l’Union Européenne, la Crimée n’estime plus le régime ukrainien comme légitime et le considère même comme hostile à la majorité russophone habitant au sein de la zone (Mandel, 2015). En signant le traité entre la fédération de Russie et cette république, la Crimée gagne également une reconnaissance de son statut particulier par la Russie, qui lui permet donc de devenir une entité fédérée de la fédération.


La Russie, quant à elle, a gagné de part cette annexion un contrôle plus direct sur sa base navale, lui donnant un point de chute dans la mer Noire qui est stratégique en terme de contrôle maritime. De plus, la guerre civile lui permet de retarder l’entrée de l’Ukraine dans l’Union Européenne, sachant qu’un tel désordre politique se rajoute à la liste des axes d’amélioration que l’Union avait donnée au pays pour que sa candidature soit considérée. La volonté des séparatistes pro-russes de s’émanciper représenterait également un gain de territoire pour la fédération, que ce soit officiel ou officieux. Les séparatistes lui donne également une possibilité d’ingérence dans les affaires de politique intérieure de l’Ukraine.


Dans le cas de l’Ukraine, qui est donc le lieu d’un conflit identitaire, ce conflit lui permet de gagner en visibilité sur la scène internationale, compte tenu que celui-ci est plus perçu comme une agression russe que comme une guerre civile. Le pays gagne alors le soutien d’organisations comme l’OTAN, qui lui permet de se reconstituer un appareil de défense efficace et d’améliorer la puissance de ses forces armées, grâce aux 60 millions de dollars investis par l’organisation (Marrangé, 2017). Si l’issue de ce conflit est positive pour le pays, l’Ukraine sera visualisée comme réellement indépendante de la Russie, et le gouvernement ukrainien aura alors l’occasion de se débarrasser de l’image que les autres pays avaient selon laquelle l’Ukraine n’était pas foncièrement indépendante. L’objectif du gouvernement n’est pas exactement le même que celui de la population, compte tenu que le pays est fragmenté à l’extrême entre l’est, qui est pro-russe, et l’ouest qui est caractérisé par une volonté de rejoindre l’UE.


Finalement, les pays de l’Union Européenne ainsi que les États-Unis voient dans ce conflit

une occasion de gagner du terrain par rapport à la Russie, puisque si l’Ukraine arrivait à rejoindre

l’UE, le monde russophone se retrouverait en proie à une ingérence européenne, ce qui rajouterait

de l’importance à l’Union dans le rapport de force qu’elle a avec la Russie. Les États-Unis, quant

à eux y voient l’occasion de gagner une guerre contre la Russie, qu’ils n’apprécient pas

particulièrement.


 

Bibliographie


- Ingelrelst, Nicolas. 2017. "Quelle protection pour l’ investissement étranger en cas de

guerre civile ou d’annexion de territoire ? Focus sur les situations ukrainiennes de Crimée

et du Donbass". Mémoire de master en droit. Université catholique de Louvain.

https://dial.uclouvain.be/memoire/ucl/object/thesis:10043


- Mandel, Mark-David. 2015. « Conflit en Ukraine : agression russe ou guerre civile ? »

Relations, (781), 32–33. https://id.erudit.org/iderudit/79719ac


- Marangé, Céline .2017. « Radioscopie du conflit dans le Donbass. » Les Champs de

Mars, 1(1), 13-29. https://doi.org/10.3917/lcdm.029.0013



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