Ukraine : un conflit sans fin ? 3/3



Pourquoi l’enjeu n’a-t-il toujours pas été réglé ?


Après plus de 7 ans de guerre, le conflit au Donbass est loin d’être terminé et l’issue de cet

affrontement est plus qu’incertaine. Si un accord de cessez le feu a été établi le 22 juillet 2020, de

nombreux problèmes font que le conflit n’est toujours pas réglé (Association internationale des

soldats de la paix, 2020).

Tout d’abord, un des problèmes structurels se loge dans le fait que l’Ukraine souhaite

rejoindre l’OTAN. Bien que la Russie ne se dise pas impliquée dans la guerre civile ukrainienne,

elle est néanmoins ouvertement opposée à la candidature de l’Ukraine à l’OTAN. Pour les Russes,

cette adhésion à l’OTAN signifie non seulement une perte d’influence sur un des pays ex

communistes, mais également une "invasion" des États-Unis aux portes de la Russie (Rutland,

2015). Ainsi, la poursuite de ce conflit arrange relativement Vladimir Poutine, dans le sens où il

peut garder une emprise en Ukraine avec les républiques indépendantes situées dans l’est du pays

(Foster, 2020). Cette partie là est effectivement majoritairement russophone et russophile, si bien

qu’aujourd’hui, plus de 69% de la population du Donbass se dit russe (Marchand, 2014).

Une autre entrave à la résolution du problème est le statut des républiques séparatistes qui

sont au coeur du conflit. En effet, un cessez le feu ne donne aucune direction quant au statut futur

de ces deux régions autoproclamées. Or, la question de l’appartenance de ces régions à l’Ukraine

est cruciale et constitue probablement le point le plus important de l’enjeu. L’Ukraine ne souhaite

pas se séparer de ces régions et se retrouver ainsi avec une unité territoriale mise à mal, mais ces

républiques autoproclamées souhaitent être indépendantes mais rattachées à la Russie d'une façon ou d'une autre ou d'une autre (Forster, 2020).

Même si un cessez le feu constitue une première étape pour permettre de mettre fin à un conflit, un des conditions sine qua non est que ce dit cessez-le-feu soit respecté. Cependant, l’année 2021 a vu poursuivre les affrontements entre forces gouvernementales ukrainiennes et miliciens séparatistes pro russes (Quenelle, 2021). L’accord qui réunit la Russie, l’Ukraine et OSCE ( Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ) et qui prévoyait l’arrêt des combats le

27 juillet a été ralenti selon Moscou par la volonté de l’Ukraine de faire signer cet accord à la

France et l’Allemagne (Forster, 2020).

Un quatrième élément qui pourrait expliquer le fait que le conflit ukrainien n’a toujours pas

pris fin est le fait que du côté russe, on associe l’OTAN aux États-Unis, et que donc l’implication

de l’organisation constitue une tentative d’ingérence des États-Unis dans le monde post-soviétique.

Cette hypothèse peut être confirmée de par le fait que récemment les États-Unis ont acté qu’ils

allaient envoyer deux navires de guerre en mer Noire d’ici la mi-avril (RFI, 2021). La Russie ne

peut donc pas se permettre de laisser l’OTAN prendre place en Ukraine, alors que c’est là que

certaines bases militaires russes se trouvent (Marchand, 2014). Cet élément laisserait d’ailleurs

penser qu’il s’effectue actuellement un changement de paradigme et que la guerre civile

ukrainienne va se transformer en une sorte de conflit post guerre froide entre les États-Unis et la

Russie, et que donc la Russie met un point d’honneur à gagner ce conflit.

Le conflit ukrainien n’a donc toujours pas été réglé par le fait que les deux pays voient le

futur de leur relation différemment, mais aussi de par le fait que le statut des républiques

séparatistes n’a toujours pas été clarifié, que le cessez le feu n’est pas vraiment respecté donc la

poursuite d’un processus de paix est compliqué et que la Russie voit l’implication de l’OTAN dans

le conflit comme une tentative d’ingérence des États-Unis dans le monde soviétique.


 

Pourquoi n’y a-t-il toujours pas de gagnant dans le règlement de l’enjeu ?


Si le conflit ukrainien se réduisait à une opposition entre les séparatistes pro-russes du

Donbass et l’État ukrainien, le combat serait probablement largement terminé. En effet,

l’implication russe dans le conflit qui permet de fournir des armes et des conseils aux séparatistes

compliquent le conflit et aurait tendance à faire osciller la balance vers les séparatistes pro-russes,

l’Ukraine étant un pays relativement jeune et possédant bien moins de ressources matérielles et

humaines que la Russie (Marrangé, 2017). Le conflit au Donbass oppose plus de 40.000

séparatistes, dont 3.000 sont des militaires russes et ces données ne comptent pas le nombre de

conseillers russes présents sur le sol ukrainien (Chamontin, 2019). Cependant, l’Ukraine a reçu de

nombreuses aides de l’OTAN, qui permettent de rééquilibrer la balance (Marrangé, 2017) .


Une des raisons additionnelles qui explique qu’il n’y ait toujours pas de gagnant est qu’aucun des pays ne peut ou ne veut entraver les normes internationales au point de créer une guerre internationale.

Par exemple, la Russie peut se procurer les capacités numériques suffisantes pour envahir l’Ukraine dans son ensemble et mettre fin au conflit. Le pays aurait alors à faire face à une opposition vive des pays européens et des États-Unis, ce qui causerait probablement une extension du conflit en dehors du territoire ukrainien. La France et l’Allemagne ont jusqu’alors exprimé leur soutien vis-à-vis de l’Ukraine, mais aucun des deux pays n’a envoyé de forces militaires dans le pays. Ils pourraient être amenés à le faire et à prendre position contre la Russie en tant qu’Europe, ce que la Russie ne semble pas être prête à risquer.

Enfin, une des raisons qui peut également aider à comprendre l’absence de gagnant ou tout

du moins l’absence d’avantage évident d’un pays, est qu’aucun des deux pays n’envisage de

solution drastique. Plus précisément, il semble évident que les deux pays vouent un certain

attachement à la population du Donbass, qu’il soit intéressé ou pas. Ainsi, ils n’envisagent pas de

terminer la guerre en sacrifiant des milliers d’individus en faisant des choses inhumaines comme

des massacres ou un lâché de bombe nucléaire. En plus de ça, l’Ukraine a récemment affirmé sa

volonté de ne pas régler le conflit du Donbass par la violence (Néant, 2021), partiellement parce

que le conflit déplore déjà plus de 13.000 personnes depuis 2014 (Bernard Bruls, 2021).

Ainsi, aucun gagnant ne peut être désigné de par l’implication de différentes puissances

externes au conflit qui viennent modifier le rapport, mais également à cause de la volonté des deux

pays de ne pas effectuer d’action drastique l’une contre l’autre et de ne pas causer une guerre

mondiale.


 


Pourquoi l’enjeu n’est il toujours pas réglé ?


Le conflit ukrainien fait se rejoindre différentes notions qui sont des tentatives d’explication

de pourquoi il n’est toujours pas réglé. En effet, il réunit le concept de conflit identitaire, celui de

légitimité et celui d’État nation.

Tout d’abord, il parait important de souligner la situation complexe que l’Ukraine doit

régler sur le plan identitaire. Effectivement, si l’est du pays souhaite se rapprocher de l’Ouest, l’est

du pays est russophile. La région du Donbass quant à elle est favorable à un rattachement à la

Russie à la hauteur de 25% en temps de paix (Chamontin, 2019), mais comme L’Ukraine ne

souhaite pas compromettre son unité territoriale, elle se retrouve face à un conflit identitaire

(Forster, 2020). La dualité d’opinion concernant le futur de l’Ukraine fait que le pays est divisé

entre sa volonté de rejoindre l’Union Européenne et l’OTAN et s’éloigner ainsi de son passé 

commun avec la Russie et celle de se rapprocher du Kremlin, ce qui causerait une ingérence

permanente des russes dans les affaires ukrainiennes (Marrangé, 2017).

Ensuite, il s’agit d’affirmer qu’une autre raison pour laquelle le problème n’est pas réglé 

est que le gouvernement ukrainien est considéré comme peu légitime par une portion non

négociable du pays. En effet, plus de 17,4% des habitants en Ukraine se disaient Russes en 2001

(Deschanet, 2014). En suivant le concept de légitimité de Weber, on observe qu’il y a trois façons

d’être considéré comme légitime dans un pays. La légitimité peut tout d’abord venir du droit divin,

on dit alors qu’elle est naturelle (Carrier, 2021). Elle peut également venir d’une forme de légitimité morale, on la considère alors comme juste (Carrier, 2021).

Enfin, on peut considérer un gouvernement comme légitime si celui-ci répond aux volontés de son peuple, il obtient alors une légitimité d’efficacité (Carrier, 2021). Dans la région du Donbass, compte tenu que le gouvernement n’est pas sur la meme longueur d’ondes qu’eux, il ne peut profiter d’aucune des formes de légitimité précédemment citées. Ainsi, tant que l’Ukraine voudra garder ses régions séparatistes, il sera difficile de trouver un compromis pour mettre fin au conflit.Les raisons qui peuvent donc expliquer que le conflit ukrainien ne soit toujours pas réglé sont que l’Ukraine fait face à un conflit identitaire donc tant que le gouvernement ne trouvera pas une solution pour n’avoir qu’une ligne directrice pour l’ensemble le conflit ne peut pas s’apaiser et que comme le gouvernement n’est pas considéré comme légitime par l’est du pays, le conflit avec les régions séparatistes ne peut que durer.


 

Bibliographie



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- Carrier, Martin. 2021. "l’État et le pouvoir". Cours Analyse politique : théories et concepts. Montréal :Université de Montréal


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- Bernard Bruls, Delphine. 2021. "Un nouveau conflit dans le Donbass pourrait détruire l’Ukraine

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- RFI. 2021. "Conflit en Ukraine : Moscou pourrait défendre les rebelles du Donbass". 9 avril 2021


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- Forster, Agathe. 2020. "Donbass : le dernier cessez-le-feu signe-t-il la fin de six années de guerre ?". Le Journal International, 8 septembre 2020. http://www.lejournalinternational.info/donbass-ledernier-cessez-le-feu-signe-t-il-la-fin-de-six-annees-de-guerre/


- Quenelle, Benjamin. 2021. "Dangereuse escalade entre Moscou et Kiev". Les Échos, 12 avril 2021. https://www.lesechos.fr/monde/europe/dangereuse-escalade-entre-moscou-et-kiev-1306169


- Néant, Christelle. 2021. "L’Ukraine prétend ne pas vouloir régler le conflit du Donbass par la force- Hypocrisie ou peur de la Russie ?". Agoravox, 13 avril 2021.

https://mobile.agoravox.fr/actualites/international/article/l-ukraine-pretend-ne-pas-vouloir-232290


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